OR CAMEROUNAIS : LE COLOSSAL MANQUE À GAGNER QUI ÉBRANLE LE SECTEUR MINIER

Des milliers de kilogrammes d’or quittent chaque année le territoire camerounais sans être enregistrés dans les circuits officiels. Entre pertes fiscales, exploitation illégale et failles de contrôle, l’État fait face à l’un des plus grands défis de son secteur extractif.

Le Cameroun peine toujours à tirer pleinement profit de ses importantes ressources aurifères. Alors que l’or figure parmi les minerais les plus convoités au monde, une part considérable de la production nationale échappe aux mécanismes de contrôle de l’État, alimentant un vaste réseau de commerce informel dont les principales destinations se trouvent à l’étranger, notamment aux Émirats arabes unis.

Les chiffres révélés par plusieurs organismes de suivi du secteur minier dressent un constat préoccupant. Depuis près d’une décennie, des dizaines de tonnes d’or auraient quitté le territoire camerounais sans être déclarées aux autorités compétentes. Cette situation représente un manque à gagner évalué à plusieurs milliers de milliards de francs CFA pour les finances publiques, privant le pays de ressources susceptibles de soutenir son développement économique et social.

Les écarts observés entre les statistiques nationales et les données d’importation enregistrées à l’étranger alimentent les inquiétudes. Alors que les volumes officiellement exportés par le Cameroun demeurent faibles, les quantités réceptionnées par certains partenaires commerciaux apparaissent nettement plus importantes. Cette différence met en évidence l’existence de circuits parallèles qui contournent les procédures douanières et fiscales.

Le rapport 2023 de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) illustre l’ampleur du phénomène. Selon ce document, la production d’or déclarée au Cameroun dépasse largement les quantités officiellement exportées. Une grande partie du métal précieux semble ainsi disparaître des radars administratifs avant même d’atteindre les marchés internationaux.

À l’origine de cette situation figurent notamment la prolifération des exploitations artisanales non encadrées et la présence d’opérateurs travaillant en marge de la réglementation. Dans plusieurs localités des régions de l’Est et de l’Adamaoua, l’activité minière est souvent exercée dans des conditions qui rendent difficile le suivi de la production réelle. Les autorités évoquent la présence de nombreuses entreprises clandestines, dont une majorité serait contrôlée par des intérêts étrangers.

Face à cette réalité, la Société Nationale des Mines (Sonamines) affiche désormais une position plus ferme. L’entreprise publique entend renforcer les mécanismes de surveillance et collaborer avec les administrations concernées afin d’identifier les acteurs impliqués dans les réseaux de contrebande. Des actions judiciaires pourraient être engagées contre les personnes physiques ou morales reconnues responsables de ces pratiques.

Au-delà de la seule question des recettes fiscales, ce dossier soulève un enjeu majeur de souveraineté économique. L’exploitation incontrôlée des ressources minières réduit la capacité du pays à bénéficier de ses richesses naturelles et compromet les ambitions de transformation locale du secteur extractif. Pour de nombreux observateurs, le défi consiste désormais à assainir la filière, renforcer la traçabilité de la production et garantir que les ressources du sous-sol profitent effectivement à l’économie nationale.

L’ampleur des montants en jeu rappelle l’urgence d’une réponse coordonnée entre les autorités minières, les services de sécurité, les douanes et les partenaires internationaux. Car derrière chaque kilogramme d’or qui échappe aux circuits officiels, ce sont des recettes publiques, des investissements et des opportunités de développement qui disparaissent avec lui.

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