SOCADEL : Oumarou Hamadjoda aux commandes d’un secteur électrique en quête de renaissance

Le Cameroun ouvre une nouvelle séquence dans la gestion de son secteur énergétique. Nommé ce 5 mai 2026 Directeur Général de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), Oumarou Hamadjoda hérite d’une entreprise stratégique appelée à incarner la reprise en main publique de l’électricité nationale, après des années de gestion sous capitaux étrangers.

Cette désignation intervient dans un contexte marqué par la transformation d’Eneo en société à capitaux publics, une réforme présentée par les autorités comme un tournant vers davantage de souveraineté énergétique.

Un ingénieur au profil rare

Le choix porté sur Oumarou Hamadjoda traduit la volonté des pouvoirs publics de miser sur une expertise technique éprouvée. Universitaire de formation, cet ingénieur camerounais a construit l’essentiel de sa carrière entre la recherche académique et l’industrie électrique.

Formé en Russie, il décroche au début des années 1990 un diplôme de haut niveau en ingénierie énergétique avant d’obtenir un doctorat spécialisé dans les infrastructures hydroélectriques et les systèmes de production d’énergie. De retour au Cameroun, il rejoint le corps enseignant de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé où il participe à la formation de nombreux ingénieurs appelés à servir dans les secteurs stratégiques du pays.

Son parcours académique s’étend également aux universités de Yaoundé I et de Ngaoundéré, où il développe des travaux liés aux questions énergétiques et aux performances des systèmes électriques.

Une longue expérience dans le secteur de l’électricité

Au-delà du monde universitaire, Oumarou Hamadjoda s’est progressivement imposé comme l’un des cadres techniques les plus expérimentés du secteur énergétique camerounais. Son passage au sein d’AES SONEL puis d’Eneo lui permet de se familiariser avec les réalités opérationnelles de la production et de la distribution de l’électricité.

Durant plus d’une décennie, il occupe plusieurs fonctions stratégiques, notamment dans la gestion des centrales et l’optimisation du mix énergétique. Ses responsabilités comme Directeur Général Adjoint chargé de la production lui donnent une connaissance approfondie des contraintes auxquelles fait face le réseau électrique national.

À cette expertise technique s’ajoute une formation en management exécutif suivie à la Harvard Business School, renforçant son profil de dirigeant capable d’évoluer dans des environnements complexes mêlant enjeux industriels, financiers et institutionnels.

SOCADEL face à l’immensité des défis

La mission qui attend le nouveau Directeur Général s’annonce particulièrement délicate. La SOCADEL prend les rênes d’un secteur confronté à une forte demande en énergie, à des équipements vieillissants et à des pertes techniques importantes sur le réseau de distribution.

Les délestages récurrents, les besoins croissants des ménages et des entreprises, ainsi que les exigences de modernisation des infrastructures constituent autant de défis urgents à relever.

La nouvelle entreprise publique devra également composer avec une situation financière fragile héritée des précédentes configurations du secteur. Dans ce contexte, les attentes des populations sont immenses, notamment en matière de stabilité de la fourniture électrique et d’extension de l’accès à l’énergie.

À la tête du Conseil d’administration, Antoine Ntsimi aura la charge d’accompagner cette phase de restructuration et de consolidation institutionnelle.

Retour de l’État dans un secteur stratégique

L’histoire récente du secteur électrique camerounais éclaire la portée de cette réforme. Longtemps assuré par la Société Nationale d’Électricité (SONEL), le service public de l’électricité avait été privatisé au début des années 2000 dans le cadre des politiques de libéralisation économique.

L’arrivée du groupe américain AES avait alors donné naissance à AES SONEL, avant le rachat de l’entreprise par le fonds britannique Actis en 2014, sous l’appellation Eneo Cameroon.

Malgré plusieurs investissements réalisés au fil des années, les critiques portant sur la qualité du service, les coupures répétées et le retard des infrastructures n’ont jamais totalement disparu.

Avec la création de la SOCADEL, l’État camerounais affirme désormais sa volonté de reprendre un contrôle direct sur un levier considéré comme essentiel au développement industriel et économique du pays.

Une nomination porteuse d’attentes

Pour de nombreux observateurs, l’arrivée d’Oumarou Hamadjoda symbolise le pari d’une gouvernance davantage centrée sur la compétence technique et la maîtrise nationale des enjeux énergétiques.

Le nouveau patron de la SOCADEL devra rapidement convaincre, dans un environnement où les attentes sociales restent fortes et où la question énergétique demeure au cœur des préoccupations quotidiennes des Camerounais.

Sa capacité à moderniser les infrastructures, améliorer la qualité du service et restaurer la confiance autour du système électrique sera déterminante pour l’avenir de cette nouvelle entreprise publique.

À travers cette nomination, le Cameroun envoie un signal clair : celui d’une volonté de bâtir un modèle énergétique reposant sur l’expertise locale, la performance industrielle et la souveraineté nationale.

Claude Stéphane Ngue

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