SECTEUR MINIER : L’ÉTAT DURCIT LE TON FACE AUX EXPLOITANTS ARTISANAUX

Enquête de terrain dans le département de la Kadey

La transformation du secteur minier artisanal semi-mécanisé au Cameroun entre dans une phase décisive. Sur le terrain, dans la région de l’Est, les autorités multiplient descentes et concertations avec les opérateurs afin d’imposer un nouveau cadre de fonctionnement, plus strict et orienté vers la formalisation de l’activité.

Pendant plusieurs jours, le Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (ai), le Pr Fuh Calistus Gentry, a conduit une mission intensive dans le département de la Kadey, épicentre de l’exploitation aurifère artisanale. Objectif affiché : mettre fin aux pratiques jugées anarchiques et instaurer des règles contraignantes pour accroître les recettes officielles de l’État.

Une adhésion massive… sous contrainte

Selon les données recueillies sur le terrain, près de 95 % des entreprises visitées se disent prêtes à se conformer aux nouvelles exigences gouvernementales. Au cœur de cette réforme figure une mesure phare : l’instauration d’un seuil minimal de production mensuelle d’or, calculé en fonction du nombre de “bols” (unités de lavage) installés sur chaque site.

À titre illustratif, certaines sociétés ont déjà formalisé leur engagement. Des accords ont été signés devant les autorités administratives locales, engageant les exploitants à déclarer une production minimale mensuelle. Une évolution que les autorités présentent comme un levier essentiel pour réduire l’écart entre la production réelle et les quantités officiellement déclarées.

Sur certains sites inspectés, des seuils ont été fixés de manière ferme, sans possibilité de négociation. Les entreprises qui ne s’y conformeraient pas s’exposent à des sanctions immédiates, allant du démantèlement des installations à la saisie des équipements.

Quatre piliers pour une exploitation conforme

Au-delà de l’obligation de production, les autorités ont rappelé les quatre conditions indispensables pour exercer légalement dans ce secteur :

le respect des normes environnementales, incluant le paiement d’une caution significative et l’obtention d’une certification ;

la régularisation fiscale, avec plusieurs prélèvements obligatoires liés à l’activité minière ;

l’engagement sur un seuil minimal de production ;

et l’adoption de nouvelles technologies, notamment un système d’exploitation à vase clos, censé réduire l’impact environnemental.

Par ailleurs, une limite stricte est imposée quant à la profondeur d’exploitation. Au-delà de 30 mètres, les opérateurs doivent impérativement basculer vers une exploitation industrielle ou de petite mine, sous un encadrement réglementaire plus rigoureux.

Vers la fin de l’exploitation illégale

Les autorités entendent également s’attaquer aux nombreux sites clandestins identifiés à travers le pays. Dans la Kadey, plusieurs zones d’exploitation illégale sont déjà dans le viseur de l’administration, qui promet une mise en conformité progressive, accompagnée de contrôles renforcés.

Dans le même élan, certaines zones minières ont été rétrocédées aux populations locales, avec la possibilité pour celles-ci de s’organiser en structures légales afin de poursuivre l’exploitation dans un cadre réglementé.

Une réforme contestée par les populations locales

Malgré l’adhésion affichée par les entreprises, la réforme ne fait pas l’unanimité. À l’issue de la visite ministérielle, notre rédaction a recueilli les réactions de plusieurs habitants du département de la Kadey.

Pour une partie de ces populations, ces nouvelles mesures suscitent incompréhension et frustration. Elles estiment que ces réformes vont à l’encontre des orientations initiales du Chef de l’État, qui, selon elles, avait permis aux communautés locales d’exploiter l’or pour améliorer leurs conditions de vie.

Certains riverains dénoncent une politique qu’ils jugent sélective, accusant les autorités de favoriser les grandes entreprises au détriment des exploitants locaux. Selon ces témoignages, les nouvelles exigences financières et techniques seraient difficilement accessibles aux petites structures, renforçant ainsi la domination des sociétés disposant de moyens importants.

Derrière la volonté affichée de structurer le secteur, se dessine donc un débat plus large : celui de l’équilibre entre formalisation économique, justice sociale et accès équitable aux ressources naturelles.

Envoyé spécial: Claude Stéphane Ngue

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