À Kribi, l’ambition énergétique du Cameroun prend progressivement forme. Le futur Terminal à Hydrocarbures de Kribi (THK), porté conjointement par le Port Autonome de Kribi (PAK) et la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), s’annonce comme l’un des investissements les plus stratégiques engagés par le pays au cours de cette décennie. Au-delà de la construction d’une simple infrastructure portuaire, il s’agit d’un projet destiné à renforcer la sécurité énergétique nationale, soutenir l’industrialisation et positionner le Cameroun comme un carrefour énergétique régional.
Le 5 juin 2026, les responsables des deux institutions, Patrice Melom pour le PAK et Véronique Moampea pour la SCDP, ont effectué une descente de terrain sur les différents sites qui accueilleront les futures installations. Cette visite marque une nouvelle étape dans la maturation d’un projet dont les enjeux dépassent largement les frontières camerounaises.
Une réponse à la croissance des besoins énergétiques
Depuis plusieurs années, le Cameroun fait face à une augmentation constante de sa consommation en produits pétroliers et en gaz domestique. Cette évolution est alimentée par la croissance démographique, l’urbanisation, le développement industriel ainsi que les besoins croissants des secteurs des transports et des travaux publics.
Face à cette dynamique, les infrastructures existantes atteignent progressivement leurs limites. Le futur terminal de Kribi a précisément été conçu pour anticiper cette demande et offrir au pays des capacités de stockage adaptées aux exigences des prochaines décennies.
La première phase prévoit la mise en place d’installations capables de stocker jusqu’à 140 000 mètres cubes d’hydrocarbures liquides ainsi que 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Ces capacités pourront être étendues à mesure que les besoins du marché évolueront.
Pour les promoteurs du projet, il s’agit avant tout de garantir une meilleure disponibilité des produits énergétiques sur l’ensemble du territoire national tout en réduisant les risques de rupture d’approvisionnement.
Un port conçu pour accueillir les géants du transport maritime
L’un des principaux atouts de Kribi réside dans son port en eau profonde, unique en Afrique centrale. Contrairement à plusieurs installations portuaires de la sous-région, le port de Kribi peut accueillir des navires de très grande capacité sans nécessiter d’importantes opérations de dragage.
Le futur terminal exploitera pleinement cet avantage compétitif. Les études prévoient la construction d’un quai pétrolier spécialisé pouvant recevoir des tankers transportant jusqu’à 80 000 tonnes de marchandises pétrolières.
Cette capacité permettra d’importer de plus grandes quantités de produits en une seule rotation maritime, réduisant ainsi les coûts logistiques et améliorant la compétitivité de l’économie camerounaise.
Selon les projections présentées lors de la visite, l’installation sera capable de traiter environ cinq millions de tonnes de produits pétroliers par an dans sa phase initiale, avec un potentiel d’extension pouvant atteindre dix millions de tonnes annuelles.
Une infrastructure pensée pour l’industrie
La visite effectuée dans la zone de Mboro a permis aux différents partenaires de découvrir les emplacements stratégiques qui constitueront le cœur du dispositif.
L’un des éléments essentiels du projet sera la station Manifold, véritable centre névralgique des opérations. Cette installation servira de point de raccordement entre les différents utilisateurs du terminal grâce à un réseau de conduites permettant le transfert sécurisé des hydrocarbures.
Le quai pétrolier sera relié à cette station par un pipeline d’environ 900 mètres. Ce dispositif permettra le transport direct des produits depuis les navires jusqu’aux zones de stockage ou aux unités industrielles connectées au réseau.
Cette architecture a été conçue pour accueillir simultanément plusieurs opérateurs économiques, favorisant ainsi le développement d’un véritable écosystème industriel autour du port.
Un levier pour l’industrialisation de la zone portuaire
Le Terminal à Hydrocarbures de Kribi est également présenté comme un outil indispensable à la transformation industrielle de la vaste Zone Industrialo-Portuaire développée autour du port.
Plusieurs entreprises ont déjà manifesté leur intérêt pour l’exploitation des futures installations. Parmi elles figure notamment Albutumen, qui projette la mise en place d’une unité de production de bitume destinée à alimenter les nombreux chantiers routiers du pays.
D’autres investisseurs du secteur énergétique et pétrochimique suivent également avec attention l’évolution du projet.
Pour les responsables du PAK, la disponibilité d’une infrastructure moderne de réception et de stockage des hydrocarbures constitue une condition essentielle pour attirer davantage d’industries lourdes à Kribi.
Un enjeu de souveraineté énergétique
Au-delà de sa dimension économique, le projet revêt une forte portée stratégique. Les autorités camerounaises considèrent désormais la sécurité énergétique comme un facteur majeur de souveraineté nationale.
La récente validation du financement du projet par le Président de la République a d’ailleurs été interprétée comme une reconnaissance de son importance pour l’avenir du pays.
La SCDP, principal acteur national du stockage et de la distribution des produits pétroliers, entend utiliser cette nouvelle infrastructure pour renforcer la résilience du système d’approvisionnement national. En parallèle, l’entreprise poursuit l’extension de ses capacités de stockage à Douala afin d’accompagner la hausse continue de la demande.
L’objectif affiché est de disposer d’un réseau plus robuste capable de répondre efficacement aux besoins du marché tout en limitant la vulnérabilité du pays face aux fluctuations des chaînes logistiques internationales.
Une vocation régionale affirmée
Le futur terminal ne servira pas uniquement le Cameroun. Sa position géographique et sa connexion aux grands corridors de transport lui confèrent une dimension régionale.
Les pays enclavés d’Afrique centrale, notamment le Tchad et la République centrafricaine, pourraient bénéficier directement des capacités logistiques offertes par Kribi pour leur approvisionnement en produits pétroliers.
Cette perspective s’inscrit dans la stratégie du Cameroun visant à faire du port de Kribi une plateforme régionale de référence pour le commerce, l’industrie et l’énergie.
Un chantier structurant pour les décennies à venir
Estimés à environ trente mois, les travaux du Terminal à Hydrocarbures de Kribi devraient profondément transformer le paysage énergétique national. Une fois achevé, l’ouvrage permettra non seulement d’accroître les capacités de stockage du pays, mais aussi de soutenir le développement industriel, de sécuriser les approvisionnements et de renforcer le rôle du Cameroun dans les échanges énergétiques régionaux.
À travers ce projet, Kribi confirme son ascension comme l’un des pôles économiques les plus stratégiques d’Afrique centrale. Plus qu’un simple terminal pétrolier, le THK apparaît désormais comme l’une des pierres angulaires de la vision de développement industriel et énergétique portée par le Cameroun pour les prochaines décennies.

Victor Bosco Kelbakal dirige la publication de L’œil Républicain avec la rigueur qu’impose le traitement de l’actualité institutionnelle et sociale. Journaliste d’investigation reconnu pour son analyse factuelle des enjeux publics, il coordonne une ligne éditoriale centrée sur l’éthique et la transparence. Son expertise garantit une information sourcée au service du débat démocratique. Sous son impulsion, le titre s’impose comme une référence majeure de la presse écrite nationale.













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