Réseau de braquage transrégional démantelé à l’Est : huit récidivistes interpellés, un butin colossal saisi

La Division régionale de la police judiciaire (DRPJ) de l’Est, basée à Bertoua, a mis au jour et démantelé un réseau criminel structuré, soupçonné d’avoir orchestré plusieurs braquages d’envergure à travers le Cameroun. Huit individus, tous présentés comme des repris de justice, ont été interpellés à Bertoua, Yaoundé et Douala à la suite d’une enquête minutieuse menée par les services de renseignement.

Présentés à la presse le 1er juin 2026 par le Commissaire divisionnaire Hervé Djeumo, les mis en cause, âgés de 35 à 52 ans, seraient impliqués dans une série d’attaques ciblées contre des opérateurs économiques et des personnalités influentes. Le groupe, décrit comme organisé et hiérarchisé, disposait de rôles bien définis, allant du chef de gang aux fournisseurs d’armes.

Parmi eux figurent Abdoulaye Ibrahim alias « Gadia Gadia » (35 ans), Danga Dominique alias « Ben Laden » (43 ans), Mohamadou Aminou alias « Nindja » (50 ans), identifié comme fournisseur d’armes, et Atangana Jean Félix alias « Atango » (44 ans), présenté comme le chef du réseau. Les autres membres identifiés sont Ngouko Djeukam Michel-Ange (35 ans), Ndongo Moïse (46 ans), Abdoul Moumini (52 ans) et Hamadou Djibrilla (40 ans). Tous auraient déjà fait l’objet de condamnations antérieures.

L’affaire principale ayant conduit à leur arrestation remonte à quelques semaines à Bertoua, visant la société Manco Sarl, spécialisée dans l’achat et la commercialisation de l’or. Selon les éléments de l’enquête, les suspects auraient d’abord ciblé le domicile du directeur de l’entreprise, Yacoubou Moussa, vers 21 heures, après avoir été informés par un intermédiaire encore non identifié.

À l’arrivée de la victime, le groupe serait passé à l’action après l’ouverture du portail par le vigile. Armés de pistolets automatiques et de machettes, les assaillants ont maîtrisé le directeur et son cousin Ismaïla avant de ligoter et bâillonner tous les occupants de la maison, enfermés dans une pièce sous surveillance.

Les criminels auraient tenté en vain de localiser une importante somme d’argent au domicile, ne trouvant qu’environ un million de francs CFA. C’est alors qu’un commanditaire, resté en communication téléphonique avec eux, leur aurait indiqué de viser directement les locaux de l’entreprise.

Pour contourner la vigilance des gardiens, les assaillants auraient utilisé des vêtements appartenant à l’épouse de la victime afin de tromper la vigilance du vigile. Ils ont ensuite pris le véhicule du directeur sous contrainte pour se rendre au siège de Manco Sarl, situé au quartier Ndemnam à Bertoua.

Une fois sur place, ils ont réussi à pénétrer dans l’établissement et à neutraliser le gardien. Sous la menace, le directeur a été contraint de conduire les assaillants jusqu’au coffre-fort, qu’il a été forcé d’ouvrir. Les malfaiteurs ont alors emporté près de 250 millions de francs CFA en espèces ainsi qu’une importante quantité d’or, estimée à plusieurs milliards de francs CFA.

Après l’opération, les suspects ont regroupé les otages et rejoint leurs complices restés au domicile avant de se replier dans un bosquet situé au quartier Dabadi. C’est dans cette cachette que le partage du butin aurait été organisé sous la supervision du chef de gang, Atangana Jean Félix.

Les investigations révèlent également un élément troublant : selon les aveux rapportés, le commanditaire présumé de l’opération serait Abdoul Moumini lui-même, présenté comme le frère du plaignant principal, M. Arouna, propriétaire de l’entreprise ciblée.

Ce dernier, loin d’être à son premier dossier, aurait déjà été impliqué en 2019 dans une attaque contre une escorte d’or de la même société à Edéa, une affaire pour laquelle plusieurs complices avaient été arrêtés et traduits devant la justice militaire à Douala.

Au terme de l’enquête, les forces de l’ordre ont saisi un important arsenal et divers biens issus des activités criminelles du réseau. Le bilan des saisies est particulièrement lourd : 121 millions de francs CFA en espèces, 15 kilogrammes d’or, 12 véhicules de luxe, deux camions semi-remorques, 32 munitions de calibre 9 mm, quatre pistolets automatiques, deux chargeurs, neuf téléphones portables, plusieurs cartes SIM, des bijoux en or, des parfums de marque, ainsi que divers objets utilisés lors des opérations.

Les enquêteurs ont également découvert une importante prise de stupéfiants, notamment 300 grammes de cocaïne estimés à environ 6,5 millions de francs CFA, ainsi qu’un duplex situé au quartier Odza à Yaoundé, acquis par le chef de gang pour environ 270 millions de francs CFA et équipé de biens de luxe.

Selon la police judiciaire, ce réseau serait impliqué dans plusieurs autres attaques antérieures, notamment en 2012, 2015, 2017 et 2022, visant des hauts responsables administratifs, des forces de sécurité et des opérateurs économiques, avec des butins parfois estimés à des centaines de millions de francs CFA.

Le Commissaire divisionnaire Hervé Djeumo a salué la qualité du travail d’investigation ayant permis de remonter la filière et de procéder à des arrestations simultanées dans plusieurs grandes villes du pays. Il a également indiqué que des investigations se poursuivent afin d’identifier d’éventuels complices encore en fuite et de démanteler complètement le réseau.

Cette affaire, par l’ampleur du butin et le profil des victimes ciblées, met en lumière la sophistication des réseaux criminels opérant sur le territoire national, mais également les défis liés à la récidive et à la sécurisation des opérateurs économiques au Cameroun.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *