Électricité : avec la SOCADEL, l’État entend reprendre les commandes d’un secteur en crise

Yaoundé. Le Cameroun ouvre une nouvelle page dans la gestion de son secteur électrique. En présentant officiellement, ce jeudi 18 juin 2026 à Yaoundé, les contours de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), le gouvernement a affiché sa volonté de restaurer la stabilité financière du secteur et d’améliorer durablement l’accès des populations à une énergie de qualité.

Face à la presse, au cours d’une conférence conjointe avec le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a détaillé les ambitions de cette réforme majeure qui marque la fin d’une étape et le début d’une nouvelle gouvernance de la distribution de l’électricité au Cameroun.

La création de la SOCADEL s’inscrit dans le prolongement des décrets présidentiels du 4 mai 2026 ayant acté le rachat par l’État des parts détenues par le fonds d’investissement Actis dans l’ancienne société ENEO. À travers cette opération, les pouvoirs publics entendent reprendre le contrôle d’un secteur considéré comme stratégique pour le développement économique et social du pays.

Un diagnostic préoccupant

Le gouvernement ne cache pas l’ampleur des défis auxquels fait face le secteur électrique national. Depuis plusieurs années, les difficultés financières accumulées par les différents acteurs de la chaîne énergétique ont contribué à fragiliser l’ensemble du système.

Selon les autorités, le secteur souffre notamment d’un important déficit structurel, aggravé par des pertes techniques sur les réseaux, des insuffisances dans le recouvrement des créances, une fraude persistante ainsi qu’un niveau d’investissement jugé insuffisant pour répondre à la croissance de la demande.

Ces contraintes ont progressivement affecté la qualité du service, entraînant des perturbations récurrentes dans plusieurs localités du pays et ralentissant les capacités d’expansion du réseau.

Un plan de redressement sur trois ans

Pour sortir durablement de cette situation, les pouvoirs publics ont élaboré un programme de restructuration couvrant la période 2026-2028. Ce plan vise à rétablir l’équilibre financier du secteur tout en renforçant les capacités opérationnelles de la nouvelle entreprise.

Parmi les mesures annoncées figurent l’amélioration du taux de recouvrement des factures, la restructuration de la dette accumulée, l’extension du portefeuille clients et l’accélération du raccordement de nouveaux abonnés, tant dans le secteur industriel que domestique.

L’État mise également sur une meilleure performance commerciale afin d’accroître les recettes de l’entreprise et de lui permettre de financer les investissements indispensables à la modernisation du réseau.

Le paiement des factures érigé en priorité

L’un des messages les plus fermes délivrés par le ministre concerne la nécessité de garantir le paiement effectif de l’électricité consommée.

Le gouvernement estime que le respect des obligations de paiement constitue une condition essentielle au rétablissement de la santé financière du secteur. Dans cette perspective, des mécanismes spécifiques seront mis en œuvre pour assurer le règlement régulier des factures, notamment celles des administrations et organismes publics qui représentent une part importante des créances accumulées.

Cette orientation traduit la volonté des autorités d’instaurer une plus grande discipline financière à tous les niveaux de consommation.

Une offensive contre la fraude électrique

Autre chantier prioritaire : la lutte contre les branchements clandestins et les détournements d’énergie.

Les chiffres communiqués par le ministère témoignent de l’ampleur du phénomène. En seulement trois semaines d’opérations de contrôle menées à Yaoundé et Douala, près de 3 000 cas de fraude auraient été identifiés.

Face à cette situation, le gouvernement prévoit un durcissement des contrôles et la création d’une Brigade nationale de lutte contre la fraude. Cette structure spécialisée aura pour mission de détecter les raccordements illégaux, réduire les pertes commerciales et protéger les infrastructures du réseau électrique.

Pour les autorités, la réduction de ces pratiques constitue un levier essentiel pour améliorer les performances financières de la future SOCADEL.

Moderniser les infrastructures pour améliorer le service

Au-delà des questions financières, la réforme ambitionne également d’améliorer la qualité de la fourniture d’électricité.

Les investissements envisagés concernent notamment le remplacement des équipements vieillissants, le renforcement des transformateurs, la réhabilitation des lignes de distribution et l’introduction progressive de solutions technologiques intelligentes destinées à optimiser la gestion du réseau.

L’amélioration de la relation avec les usagers figure également parmi les priorités affichées. Le gouvernement souhaite moderniser les mécanismes de prise en charge des réclamations et renforcer la proximité avec les abonnés afin d’accroître la satisfaction des consommateurs.

Un pari stratégique pour l’avenir énergétique du Cameroun

À travers la création de la SOCADEL, les pouvoirs publics affichent l’ambition de bâtir un modèle plus performant et plus durable pour la distribution de l’électricité au Cameroun.

Cette reprise en main par l’État est présentée comme une occasion de corriger les déséquilibres accumulés au fil des années et de poser les bases d’un système énergétique capable d’accompagner les besoins croissants des ménages, des entreprises et des projets industriels.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse la seule transformation institutionnelle d’une entreprise. Il s’agit désormais de restaurer la confiance des consommateurs, garantir la viabilité financière du secteur et faire de l’électricité un véritable moteur de croissance économique et de développement national.

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