Transport : le futur chemin de fer Édéa–Kribi–Campo est stratégique pour l’économie camerounaise

Le Cameroun vient de poser un jalon important dans sa politique de modernisation des infrastructures de transport. Le 4 juin 2026 à Yaoundé, l’État du Cameroun, Africa Global Logistics (AGL) et CAMALCO Cameroon S.A. ont signé un accord-cadre destiné à lancer le développement de la future ligne ferroviaire Édéa–Kribi–Lolabé–Campo, un projet appelé à transformer durablement les échanges économiques dans le pays.

Au-delà de la simple construction d’une nouvelle voie ferrée, cette initiative répond à des enjeux de compétitivité, d’industrialisation et d’intégration territoriale qui prennent une importance croissante avec l’essor du Port de Kribi.

Un projet pensé pour accompagner la montée en puissance du Port de Kribi

Depuis plusieurs années, le Port Autonome de Kribi s’impose progressivement comme l’un des principaux moteurs logistiques de l’Afrique centrale. Les performances enregistrées en 2025 illustrent cette dynamique avec plus de 555 000 équivalents vingt pieds (EVP) traités et près de 12,7 millions de tonnes de marchandises manutentionnées.

Cette croissance rapide entraîne toutefois de nouveaux défis. L’augmentation continue des flux de marchandises nécessite des solutions de transport capables d’absorber des volumes plus importants tout en réduisant les délais et les coûts logistiques.

Dans ce contexte, le transport ferroviaire apparaît comme un complément indispensable aux infrastructures routières existantes. La future ligne permettra d’assurer un acheminement plus efficace des marchandises entre les zones industrielles, minières et portuaires du littoral sud du Cameroun.

Un corridor au service de l’industrialisation

Longue d’environ 185 kilomètres, la future infrastructure reliera Édéa à Campo en passant par Kribi et Lolabé. Son tracé n’a pas été choisi au hasard.

La région concernée concentre plusieurs projets industriels majeurs, notamment autour du complexe industrialo-portuaire de Kribi, des activités minières en développement et des investissements attendus dans les secteurs de la transformation industrielle et de l’exploitation des ressources naturelles.

Grâce à cette connexion ferroviaire, les entreprises pourront transporter des volumes plus importants de matières premières et de produits finis vers les marchés nationaux et internationaux. Le projet devrait ainsi renforcer l’attractivité économique de la zone et favoriser l’installation de nouvelles industries.

Un partenariat public-privé pour partager les responsabilités

L’accord signé à Yaoundé établit les bases d’une collaboration entre l’État et les opérateurs privés impliqués dans le projet.

Les partenaires devront notamment travailler sur l’actualisation des études techniques, la mobilisation des financements, la conception détaillée des ouvrages, la construction de la ligne ainsi que son exploitation future et sa maintenance.

Cette formule de partenariat public-privé vise à mutualiser les expertises techniques et les capacités financières nécessaires à la réalisation d’une infrastructure dont le coût pourrait atteindre plusieurs centaines de milliards de francs CFA.

Un outil d’intégration pour l’Afrique centrale

Au-delà des enjeux nationaux, le projet possède également une dimension régionale. En renforçant la connexion entre les infrastructures portuaires et les zones de production, le Cameroun ambitionne de consolider sa position de hub logistique en Afrique centrale.

Les autorités espèrent ainsi améliorer la fluidité des échanges commerciaux, réduire les coûts de transport et accroître la compétitivité des exportations camerounaises et sous-régionales.

Cette ambition s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement 2030, qui fait des infrastructures modernes un levier essentiel de croissance économique.

Une étape décisive mais un long chemin à parcourir

La signature de l’accord-cadre ne marque pas encore le début des travaux, mais elle constitue une avancée déterminante dans le processus de maturation du projet.

Lors de la cérémonie organisée à l’Hôtel Star Land de Yaoundé, le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, a insisté sur la nécessité d’un engagement constant de tous les acteurs impliqués afin de transformer cette vision en réalité.

Si les différentes phases préparatoires aboutissent comme prévu, le corridor ferroviaire Édéa–Kribi–Lolabé–Campo pourrait devenir l’un des projets d’infrastructures les plus structurants du Cameroun au cours de la prochaine décennie, en contribuant à renforcer la compétitivité du pays et à soutenir son ambition de devenir une plateforme logistique de référence en Afrique centrale.

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