En implantant sa nouvelle raffinerie dans la zone portuaire de Kribi, le Cameroun ne joue pas seulement sa carte énergétique nationale. Il positionne une infrastructure appelée à rayonner sur toute la sous-région CEMAC.
Le choix de Kribi pour accueillir la nouvelle raffinerie camerounaise n’est pas le fruit du hasard. La zone industrialo-portuaire de Kribi offre un accès direct à l’Atlantique et une profondeur de quai permettant l’accostage de tankers de grande taille. L’accord-cadre de mise à disposition du site a été signé entre la SNH et l’Autorité portuaire de Kribi, posant les bases d’une intégration logistique entre la raffinerie et les flux maritimes régionaux.
En Afrique centrale, la capacité de raffinage est chroniquement insuffisante au regard de la demande. La République du Congo dispose de la raffinerie de la Coraf à Pointe-Noire, mais celle-ci fonctionne en-deçà de ses capacités nominales. Le Gabon possède la raffinerie de la SOGARA à Port-Gentil, également contrainte. Dans ce contexte de sous-capacité régionale, une raffinerie camerounaise opérationnelle à Kribi en 2028 aurait vocation à devenir un acteur de l’approvisionnement sous-régional.
Des exportations de carburants marins comme nouvelle source de revenus
Les projections économiques du projet CSTAR incluent une ligne de revenus spécifique liée aux exportations de carburants marins. Avec 141 milliards de FCFA de recettes potentielles dans ce segment, les promoteurs tablent sur le développement d’une activité de soutage (fourniture de carburant aux navires) à partir du port de Kribi. Ce service, aujourd’hui peu développé en Afrique centrale, représente un marché en croissance continue avec l’intensification du trafic maritime sur la côte ouest-africaine.
Les défis d’un positionnement sous-régional ambitieux
L’ambition sous-régionale du projet se heurte néanmoins à plusieurs obstacles. D’abord, la capacité initiale de 30 000 barils par jour reste modeste au regard des besoins de la zone CEMAC. Ensuite, les infrastructures logistiques terrestres reliant Kribi aux pays enclavés — Tchad, République centrafricaine — restent insuffisantes pour un approvisionnement régional fluide. Le Cameroun investit certes dans son réseau routier, notamment via des financements de la BAD pour des axes stratégiques, mais les délais de réalisation dépassent souvent les projets industriels qu’ils sont censés soutenir.
Enfin, la production pétrolière camerounaise elle-même est en recul : estimée à 3,2 millions de tonnes en 2024, après 3,3 millions de tonnes en 2023, elle traduit une tendance à la baisse des réserves exploitées. Cette contrainte d’approvisionnement en brut local pourrait à terme contraindre la raffinerie à importer du brut, ce qui modifierait substantiellement l’équilibre économique du projet.










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