Ingratitude : André Onana ou le difficile apprentissage de la reconnaissance

Dans l’univers impitoyable du football de haut niveau, la mémoire est parfois courte, sélective, voire opportunément réécrite. La récente sortie d’André Onana lors d’un live TikTok en est une illustration frappante. Le portier camerounais y affirme n’avoir jamais déclaré avoir financé lui-même sa formation à la Fundesport Academy, structure fondée par Samuel Eto’o, par laquelle il a pourtant transité avant de rejoindre la prestigieuse La Masia du FC Barcelona.

Une mise au point qui sonne comme un rétropédalage, tant les propos de son propre frère, Christian Onana, continuent de résonner dans l’opinion. Sur un plateau télévisé, ce dernier, loin d’être un simple spectateur, affirmait sans détour que son cadet « ne doit rien à Samuel Eto’o », allant jusqu’à préciser qu’il réglait lui-même ses frais à la Fundesport. Une déclaration lourde de sens, d’autant plus qu’elle émanait d’un proche, jadis considéré comme un relais de communication officieux du gardien.

Dès lors, comment interpréter ce désaveu public ? Simple rectification ou prise de conscience tardive de la portée de telles affirmations ? Car au-delà des mots, c’est toute une symbolique qui est en jeu : celle de la reconnaissance dans un milieu où les parcours sont rarement solitaires.

Le malaise est d’autant plus profond que ce n’est pas la première fois qu’André Onana laisse transparaître une certaine distance, voire une forme de mépris à peine voilé, à l’endroit de Samuel Eto’o. Employer des qualificatifs tels que « celui-là » ou « individu » pour désigner une figure qui a contribué, directement ou indirectement, à votre ascension, interroge sur le rapport à la gratitude.

Et pendant que certains évoquent un supposé acharnement institutionnel via la FECAFOOT, d’autres rappellent opportunément que les turbulences autour du gardien ne datent pas d’hier. Bien avant l’ère Eto’o à la tête de l’instance, les signaux d’alerte étaient déjà visibles. L’ancien sélectionneur Hugo Broos n’avait pas hésité à qualifier le joueur d’indiscipliné. Plus tard, sous Rigobert Song, des tensions internes ont éclaté, alimentées par des comportements jugés irrespectueux, comme l’a confirmé le capitaine Vincent Aboubakar.

À cela s’ajoutent des accusations persistantes de divisions au sein de la tanière, de clans savamment entretenus, parfois avec des soutiens insoupçonnés, et une communication souvent maladroite, voire contre-productive.

Aujourd’hui, alors que son nom circule davantage pour ses controverses que pour ses performances — lui qui est désormais en situation délicate du côté de Manchester United —, le portier semble vouloir endosser le costume du martyr, du justicier incompris.

Mais à trop vouloir réécrire l’histoire, on finit par se heurter à ses propres contradictions.

Le véritable tournant pour André Onana ne viendra ni des plateaux télé, ni des directs TikTok. Il résidera dans une introspection sincère, une capacité à reconnaître les mains qui ont aidé à gravir les échelons, et surtout, dans une posture plus humble face aux institutions, notamment la FECAFOOT.

Car dans le football comme dans la vie, le talent ouvre des portes… mais seule l’humilité permet de les garder ouvertes.

Claude Stéphane Ngue

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