Guinness Super League : Le football féminin camerounais sous l’ombre troublante du maraboutage

Longtemps perçues comme de simples oppositions sportives où la tactique, la technique et la préparation physique dictaient leur loi, les rencontres du championnat Guinness Super League semblent aujourd’hui prendre une tournure inattendue. Au-delà du rectangle vert, un autre match, invisible celui-là, semble se jouer en coulisses : celui de l’accompagnement spirituel, sur fond de soupçons de sorcellerie et de pratiques mystiques.

Depuis plusieurs journées, des observateurs, supporters et même certains encadreurs évoquent avec insistance la présence de phénomènes inhabituels autour de certaines rencontres. Au cœur de ces interrogations, un homme mystérieux, toujours vêtu d’un boubou identique, dont la présence ne passe plus inaperçue dans les stades.

L’individu est régulièrement aperçu lors des matchs du FC Ebolowa Filles. Sa constance vestimentaire et ses déplacements intriguent, alimentant les discussions dans les gradins comme dans les vestiaires. Le point culminant de cette suspicion a été atteint lors de la 6e journée, à l’occasion du match entre Lekie Filles et Vision Foot Académie. Ce jour-là, l’homme en boubou a été pris à partie par des supporters de Lekie Filles, convaincus de faire face à un marabout.

La scène, surréaliste, a marqué les esprits. À chacun de ses déplacements, l’homme était suivi de près par quatre supporters déterminés, affirmant détenir du sel gros grain pour “neutraliser” toute tentative mystique. Une séquence digne d’un film Nollywood, oscillant entre tension et incompréhension, sous les regards médusés des spectateurs.

Mais c’est lors de la rencontre entre le FC Ebolowa Filles et Amazone FAP FC que les soupçons ont atteint leur paroxysme. Dans un match disputé, où chaque action comptait, l’homme en question s’est dirigé vers les buts de la formation adverse pour y effectuer une prière. Un geste qui a suscité de vives réactions, certains fidèles musulmans présents estimant que cette pratique ne respectait ni les horaires ni les rites de l’islam.

Quelques instants après cette scène, un fait de jeu troublant s’est produit : la gardienne Ngah Chantal, pourtant en parfaite maîtrise du ballon, l’a inexplicablement relâché, offrant une opportunité que le FC Ebolowa Filles n’a pas manqué de convertir. Un enchaînement qui n’a fait qu’alimenter davantage les spéculations.

La polémique a pris une nouvelle dimension lors de la 8e journée face à Éclair Football Filles de Sa’a. Cette fois, l’homme en boubou a été purement et simplement éconduit du stade. Fait marquant : privée de sa présence, l’équipe du FC Ebolowa Filles est apparue méconnaissable, incapable de s’imposer face à une formation pourtant mal classée.

Des scènes similaires ont été rapportées ailleurs dans le championnat. Lors de la rencontre entre Amazone FAP FC et Authentic Ladies, un membre du staff du club militaire a accusé un individu suspect de s’être positionné derrière les cages de leur équipe, juste avant un but encaissé dans des circonstances jugées étranges.

Face à la multiplication de ces incidents, une question s’impose : le football féminin camerounais est-il en train de basculer dans une autre dimension, où le résultat ne dépendrait plus uniquement du talent et de la stratégie ?

Si aucune preuve formelle ne vient étayer ces accusations, le malaise est bien réel. Entre croyances populaires, pression des résultats et climat de suspicion, la Guinness Super League pourrait être confrontée à un défi majeur : préserver l’intégrité sportive de ses compétitions.

En attendant une éventuelle réaction des instances dirigeantes, une chose est certaine : dans les stades, le doute s’est installé. Et désormais, certains matchs ne se jouent plus seulement avec un ballon.

Claude Stéphane NGUE

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