Mines d’or à l’Est : le secteur minier face à ses contradictions

Entre drames humains, exploitation illégale et contestations réglementaires, l’industrie aurifère camerounaise traverse une zone de fortes turbulences. À l’occasion d’une concertation présidée par le ministre de l’Administration territoriale, les professionnels du secteur ont dressé un constat alarmant et appelé à une profonde réforme de la gouvernance minière.

La richesse aurifère de la région de l’Est continue de susciter espoirs économiques et inquiétudes grandissantes. Derrière le potentiel minier de cette partie du pays se cache une réalité beaucoup moins reluisante, marquée par des accidents meurtriers, des pertes importantes de cheptel et une multiplication des activités d’exploitation menées en marge de la réglementation.

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a effectué une visite de travail dans la région le 1er juin 2026. La rencontre organisée avec les acteurs du secteur minier visait à faire le point sur une situation devenue préoccupante au regard des conséquences humaines et environnementales observées ces dernières années.

Selon les chiffres présentés lors des échanges, plus d’une centaine de personnes auraient perdu la vie à la suite d’éboulements survenus dans d’anciennes excavations abandonnées après l’exploitation de l’or. À ces pertes humaines s’ajoutent près de 1 700 têtes de bétail englouties dans des fosses laissées à ciel ouvert, alimentant le mécontentement des populations riveraines.

Face à l’ampleur du phénomène, les préoccupations sont remontées jusqu’aux plus hautes autorités de l’État. Une enquête avait d’ailleurs été prescrite après une précédente mission gouvernementale consacrée à la lutte contre les exploitations clandestines.

Les opérateurs dénoncent un système décourageant

Au cours de la concertation, les représentants du secteur ont toutefois estimé que les difficultés actuelles ne sauraient être réduites à la seule question de l’orpaillage illégal. Prenant la parole au nom des professionnels, le président national du Syndicat des Promoteurs des Bureaux d’Achats de Diamants, Or et Orpailleurs du Cameroun (SYNAPROBADIOCAM), Ousmanou Aladji Hamadou, a mis en avant plusieurs dysfonctionnements qui, selon lui, fragilisent les opérateurs légalement établis.

Parmi les préoccupations soulevées figure la lourdeur des procédures administratives liées à l’exportation de l’or. Les professionnels dénoncent des démarches longues et complexes nécessitant de multiples autorisations et documents avant toute expédition à l’étranger. Cette situation serait à l’origine de retards importants dans les transactions commerciales et favoriserait le recours à des circuits d’exportation situés dans des pays voisins où les formalités sont jugées moins contraignantes.

Pour les opérateurs, cette réalité se traduit par un manque à gagner significatif pour l’économie nationale, les recettes fiscales potentielles étant en partie captées hors des frontières camerounaises.

La question sensible du rôle de la SONAMINES

Les critiques portent également sur l’organisation actuelle du marché de la commercialisation de l’or. Le syndicat estime que certaines dispositions réglementaires créent une situation de concurrence déséquilibrée entre la Société Nationale des Mines (SONAMINES) et les opérateurs privés.

Selon les responsables du SYNAPROBADIOCAM, le cumul de fonctions commerciales et de prérogatives de contrôle pourrait engendrer des conflits d’intérêts préjudiciables à la transparence du secteur. Les professionnels plaident ainsi pour une séparation plus nette entre les missions de régulation et les activités commerciales.

L’exploitation clandestine dans le viseur

Autre sujet de préoccupation : l’ampleur de l’exploitation illégale sur plusieurs sites aurifères. Les représentants du secteur affirment que certains exploitants opéreraient avec des autorisations ne leur conférant pas légalement le droit d’extraire de l’or à des fins commerciales.

Cette situation créerait une concurrence difficilement soutenable pour les artisans et entreprises régulièrement enregistrés, soumis pour leur part aux obligations fiscales et administratives prévues par la législation. Les acteurs du secteur soulignent également que l’exploitation anarchique constitue l’une des principales causes des dégradations environnementales observées sur le terrain.

Les immenses cavités abandonnées après l’extraction du minerai représentent aujourd’hui un danger permanent pour les populations et les animaux, illustrant les conséquences d’un contrôle insuffisant des activités minières.

Des propositions pour réformer le secteur

Afin de restaurer un climat plus favorable aux investissements et de renforcer la sécurité sur les sites d’exploitation, le SYNAPROBADIOCAM a formulé plusieurs recommandations. Les opérateurs proposent notamment une simplification des procédures d’exportation grâce à la mise en place de guichets uniques, un allègement de certaines charges fiscales et douanières, ainsi qu’un renforcement de la lutte contre les exploitations clandestines.

Ils souhaitent également une clarification des rôles institutionnels dans la chaîne de régulation du secteur et une implication accrue des autorités judiciaires et sécuritaires dans la répression des activités illégales.

Au-delà des revendications corporatistes, les débats de l’Est mettent en lumière un enjeu plus large : celui de la capacité du Cameroun à concilier exploitation de ses ressources minières, protection des populations et attractivité économique. Dans une région où l’or représente à la fois une source de revenus et un facteur de tensions, les décisions qui seront prises dans les prochains mois pourraient peser durablement sur l’avenir du secteur.

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