Santé publique : le Cameroun face au défi de financer durablement la lutte contre les grandes pandémies

Les avancées enregistrées ces dernières années dans la lutte contre le paludisme, le VIH/Sida et la tuberculose pourraient être compromises si de nouvelles sources de financement ne sont pas mobilisées. C’est le principal message qui s’est dégagé de la première édition de la Journée portes ouvertes consacrée à la lutte contre ces trois maladies, organisée ce 18 juin sous le Haut Patronage du Premier Ministre, Chef du Gouvernement.

Réunis autour du thème « Performance et redevabilité : les résultats clés des financements du Fonds mondial et de l’Initiative Expertise France contre le paludisme, le VIH et la tuberculose au Cameroun », les acteurs du secteur de la santé ont dressé un bilan des progrès réalisés tout en attirant l’attention sur les menaces qui pèsent sur leur pérennité.

Au fil des années, l’appui des partenaires internationaux a permis au Cameroun de renforcer considérablement sa riposte contre ces maladies qui demeurent parmi les principales causes de morbidité et de mortalité. Les investissements consentis ont notamment facilité l’introduction du vaccin antipaludique dans plusieurs districts de santé, l’amélioration de l’accès aux soins pour les jeunes enfants, l’intensification des campagnes de dépistage du VIH ainsi que le renforcement des capacités de diagnostic de la tuberculose.

Malgré ces résultats encourageants, les chiffres restent préoccupants. Le paludisme continue de peser lourdement sur le système sanitaire national avec près de trois millions de cas recensés en 2025 et plus d’un millier de décès enregistrés, touchant principalement les enfants de moins de cinq ans. La tuberculose demeure également une préoccupation majeure, tandis que le VIH/Sida continue d’alimenter de nouvelles contaminations chaque année au sein de la population active.

Face à cette réalité, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’anticiper la baisse progressive des financements extérieurs. Pour de nombreux experts, la consolidation des acquis passe désormais par un engagement plus fort des pouvoirs publics, du secteur privé, des collectivités territoriales et des communautés locales.

Les échanges ont également mis en lumière plusieurs obstacles qui ralentissent encore les efforts de lutte. La persistance des discriminations envers les personnes vivant avec le VIH, les difficultés d’accès aux soins dans certaines zones affectées par les crises sécuritaires ainsi que l’insuffisance des ressources financières figurent parmi les principaux défis identifiés.

Au-delà des questions budgétaires, les participants ont souligné l’importance d’une implication accrue des populations dans les stratégies de prévention. Les organisations communautaires sont aujourd’hui considérées comme des acteurs incontournables pour sensibiliser les citoyens, favoriser le dépistage précoce et accompagner les patients tout au long de leur parcours de soins.

La rencontre, qui a mobilisé responsables gouvernementaux, partenaires techniques et financiers, représentants du corps diplomatique, parlementaires et acteurs de la société civile, a ainsi servi de plateforme de réflexion sur l’avenir du système de santé camerounais. Tous ont convergé vers une même conviction : les progrès accomplis au cours de la dernière décennie ne pourront être préservés qu’au prix d’une mobilisation collective et d’une responsabilité partagée.

Pour le Ministre de la Santé publique, le Dr Malachie Manaouda, les résultats obtenus démontrent l’efficacité des investissements réalisés jusqu’ici. Mais l’heure est désormais à la consolidation des acquis. Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources internationales, le Cameroun est appelé à renforcer son autonomie financière afin de poursuivre son ambition de réduire durablement l’impact du paludisme, du VIH/Sida et de la tuberculose sur les populations.

Cette journée portes ouvertes aura ainsi rappelé une évidence : la santé publique ne relève pas uniquement des institutions sanitaires. Elle constitue un enjeu national qui exige l’engagement de tous pour garantir un accès équitable aux soins et construire un avenir débarrassé de ces grandes endémies.

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