Université de Dschang : une jeune pharmacienne valorise la médecine traditionnelle dans la lutte contre les troubles sexuels masculins

Dschang. Les savoirs thérapeutiques transmis de génération en génération continuent d’inspirer la recherche scientifique au Cameroun. À la Faculté de Médecine et des Sciences Pharmaceutiques de l’Université de Dschang, une jeune pharmacienne a récemment franchi une étape importante en transformant une recette traditionnelle en un candidat-médicament destiné à la prise en charge des dysfonctions sexuelles masculines.

Le 16 juillet 2026, Linda Mbah Abieme a soutenu avec succès une thèse de doctorat en pharmacie portant sur la mise au point d’un produit thérapeutique élaboré à partir de deux espèces végétales utilisées depuis longtemps dans la médecine traditionnelle camerounaise. Son travail est né d’une observation familiale : sa mère, installée à Mfou dans le département de la Mefou-et-Afamba, prépare depuis plusieurs années une décoction à base de plantes réputée pour soulager différents troubles de la sexualité masculine.

Animée par le désir de soumettre cette pratique ancestrale à l’épreuve de la science, la chercheuse a entrepris une série d’expérimentations en laboratoire. Les analyses réalisées sur des rats Wistar ont permis d’évaluer les propriétés de deux plantes au cœur de la préparation traditionnelle : Crinum zeylanicum et Aframomum melegueta. Les résultats obtenus ont mis en évidence des effets jugés prometteurs dans le traitement des dysfonctions sexuelles masculines.

À partir de ces travaux, Linda Mbah Abieme a développé une formulation pharmaceutique présentée sous forme de gélules, baptisée « Aphrocrin ». Contrairement à certains stimulants utilisés ponctuellement avant l’activité sexuelle, ce produit est conçu comme un traitement à suivre sur une période déterminée, sous contrôle médical, avec pour objectif de corriger durablement certaines insuffisances fonctionnelles.

Au-delà de l’innovation pharmaceutique, cette recherche illustre la volonté croissante des universités camerounaises de rapprocher les connaissances scientifiques des savoirs traditionnels. La présence de la mère de la candidate lors de la soutenance a d’ailleurs été saluée par les membres du jury comme un symbole fort du dialogue entre la recherche académique et les pratiques thérapeutiques locales.

Les encadreurs scientifiques du projet, parmi lesquels les professeurs Télesphore Nguelefack et Léon Tapondjou Azefack, ainsi que le Dr Fanny-Aimée Essombe Malolo, ont souligné l’intérêt des résultats obtenus tout en appelant à la prudence. Selon eux, plusieurs étapes de recherche restent nécessaires avant toute éventuelle homologation du produit et sa mise à disposition du public.

Les spécialistes estiment notamment que des investigations complémentaires devront être menées afin de confirmer l’efficacité et l’innocuité du médicament chez l’être humain. Ils n’excluent pas non plus que les plantes étudiées possèdent d’autres propriétés thérapeutiques encore méconnues, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles perspectives de recherche.

À travers cette initiative, l’Université de Dschang confirme son engagement en faveur de l’innovation scientifique fondée sur les ressources locales. Une démarche qui pourrait contribuer à enrichir le patrimoine pharmaceutique national tout en valorisant les connaissances traditionnelles longtemps transmises au sein des communautés.

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