La lutte contre les médicaments de qualité inférieure ou falsifiés demeure un enjeu majeur de santé publique au Cameroun. Entre renforcement des mécanismes de contrôle, sécurisation des circuits de distribution et promotion de la production pharmaceutique locale, les autorités entendent intensifier les efforts pour garantir aux populations un accès à des produits de santé sûrs et efficaces. Une ambition réaffirmée le 21 octobre 2026, à l’occasion de la Journée africaine de lutte contre les faux médicaments, célébrée au siège de la Centrale Nationale d’Approvisionnement en Médicaments et Consommables Médicaux Essentiels (CENAME).
Placée sous le thème « Faux médicaments, vrai danger : ensemble, sécurisons la chaîne d’approvisionnement au Cameroun, pour une meilleure Couverture Santé Universelle », cette commémoration a permis de remettre au centre des préoccupations la question de la qualité des produits pharmaceutiques disponibles sur le marché national. Au-delà de la sensibilisation, elle traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer les dispositifs de prévention et de contrôle face à un phénomène dont les conséquences peuvent être particulièrement graves pour les patients.
Prenant la parole à cette occasion, le Ministre de la Santé Publique, Dr Manaouda Malachie, a insisté sur la nécessité de garantir la sécurité du médicament à toutes les étapes de son parcours, depuis sa fabrication jusqu’à sa délivrance au consommateur final. Pour le membre du Gouvernement, les produits pharmaceutiques falsifiés constituent une menace sérieuse, susceptible de compromettre les efforts déployés en faveur de l’amélioration de la santé des populations.
En effet, contrairement aux médicaments conformes aux normes de qualité, les produits falsifiés peuvent contenir des substances inadaptées, des dosages insuffisants ou excessifs, voire aucun principe actif. Leur utilisation expose les patients à des traitements inefficaces, à l’aggravation de certaines pathologies et à des complications parfois irréversibles. Dans les situations les plus critiques, les conséquences peuvent être fatales. À ces risques sanitaires s’ajoutent des pertes économiques importantes pour les ménages et le système de santé, ainsi qu’une érosion de la confiance des populations envers les structures de prise en charge.
Dans ce contexte, la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique apparaît comme un impératif. Il ne suffit pas de disposer de médicaments en quantité suffisante : encore faut-il s’assurer de leur authenticité, de leur qualité et de leur efficacité. Cette exigence est d’autant plus importante que l’ambition de la Couverture Santé Universelle (CSU) repose sur la capacité du système de santé à offrir des soins accessibles, mais également fiables et sécurisés.
Au Cameroun, la CENAME occupe une position stratégique dans cette architecture. Chargée notamment de l’acquisition, du stockage et de la distribution des médicaments et consommables médicaux essentiels au profit des formations sanitaires et des programmes de santé, elle constitue un maillon déterminant de la disponibilité des produits pharmaceutiques. Sous la direction du Dr Salihou Sadou, cette structure est appelée à maintenir un niveau élevé d’exigence dans la gestion de ses opérations.
La fiabilité de son dispositif repose notamment sur la sélection rigoureuse des fournisseurs, la vérification de la conformité des produits réceptionnés, le respect des conditions de conservation et la traçabilité des mouvements de stocks. Autant de mécanismes qui permettent de limiter les risques d’introduction de produits douteux dans le circuit officiel de distribution. La maîtrise de ces paramètres est essentielle, car une défaillance dans le stockage ou la manipulation d’un médicament peut également altérer ses propriétés et compromettre son efficacité.
Toutefois, la lutte contre les faux médicaments ne saurait reposer sur la seule action de la CENAME. Elle implique une mobilisation de l’ensemble des acteurs intervenant dans le secteur pharmaceutique. Les autorités de régulation, les services d’inspection, les pharmaciens, les distributeurs et les responsables des formations sanitaires doivent agir de manière coordonnée pour identifier les produits suspects, contrôler leur conformité et, le cas échéant, faciliter leur retrait des circuits de distribution.
Le renforcement des contrôles constitue ainsi un levier essentiel de cette stratégie. La surveillance des circuits d’approvisionnement, l’amélioration des procédures de vérification et le développement des outils de traçabilité peuvent contribuer à réduire les possibilités de circulation des produits falsifiés. Dans cette perspective, les professionnels de santé sont invités à s’approvisionner exclusivement auprès des fournisseurs autorisés et à faire preuve d’une vigilance accrue face aux produits dont la provenance ou les caractéristiques suscitent des interrogations.
La responsabilité des consommateurs est également engagée. L’achat de médicaments auprès de vendeurs non autorisés, notamment dans les circuits informels, expose les populations à des risques difficiles à évaluer. L’apparence d’un emballage ou le prix attractif d’un produit ne constituent nullement des garanties de qualité. D’où l’importance de renforcer l’information du public sur les dangers liés à l’automédication et à l’acquisition de produits pharmaceutiques en dehors des circuits réglementés.
Les médias sont, à cet égard, appelés à jouer un rôle déterminant dans la sensibilisation. Par une information régulière et accessible, ils peuvent contribuer à faire évoluer les comportements, à encourager le recours aux pharmacies et aux structures sanitaires agréées, mais aussi à inciter les populations à signaler aux services compétents tout produit suspect. La lutte contre ce phénomène nécessite donc une vigilance permanente, aussi bien de la part des professionnels que des citoyens.
Parallèlement au renforcement des mécanismes de contrôle, le développement de l’industrie pharmaceutique nationale apparaît comme une autre piste importante pour consolider la sécurité sanitaire du pays. L’accroissement des capacités locales de production pourrait contribuer à réduire certaines dépendances extérieures et à mieux maîtriser l’approvisionnement en produits essentiels. Cette perspective suppose cependant des investissements conséquents, le développement des compétences nationales, le soutien à la recherche et la facilitation des transferts de technologies.
La promotion de la fabrication locale ne peut néanmoins se faire sans un encadrement rigoureux. Les médicaments produits sur le territoire national doivent répondre aux mêmes exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité que ceux provenant de l’étranger. La souveraineté pharmaceutique ne se limite donc pas à la capacité de produire : elle repose également sur l’existence d’un système de régulation performant, capable de garantir la fiabilité des produits mis à la disposition des patients.
À travers la célébration de cette Journée africaine de lutte contre les faux médicaments, le Cameroun rappelle ainsi que la sécurité du médicament constitue une responsabilité partagée. De l’approvisionnement à la délivrance, en passant par le stockage, le contrôle et la distribution, chaque étape doit faire l’objet d’une attention particulière. La moindre faille peut compromettre l’ensemble du dispositif et exposer les populations à des conséquences sanitaires majeures.
La sécurisation de la chaîne pharmaceutique apparaît dès lors comme une condition essentielle à la réussite de la Couverture Santé Universelle. Car garantir l’accès aux soins ne consiste pas uniquement à rapprocher les services de santé des populations ou à réduire le coût des traitements. Il s’agit également de s’assurer que chaque médicament administré contribue réellement à la guérison et à la protection des patients. Un défi qui appelle à une mobilisation durable des pouvoirs publics, des professionnels de santé et de l’ensemble de la société.

Une plume journalistique agréable à lire qui rend compte de la manière la plus fidèle et honnête des évènements quotidiens.















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