Foncier : le MINDCAF et Orange Cameroun préparent la mutation numérique de l’administration

La modernisation de l’administration foncière camerounaise franchit une nouvelle étape avec le lancement des travaux de cadrage d’un vaste projet de digitalisation conduit par le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF), en partenariat avec Orange Cameroun S.A. L’initiative ambitionne de simplifier les procédures, de renforcer la sécurisation des titres fonciers et d’améliorer les services rendus aux usagers. Elle était au centre d’un atelier tenu le jeudi 15 octobre 2026, à l’hôtel Hilton de Yaoundé, sous la présidence du secrétaire général du ministère, représentant le ministre Henri Eyebé Ayissi.

Cette rencontre marque une phase préparatoire importante pour la transformation numérique de la chaîne foncière et domaniale. Il s’agit, pour les parties prenantes, de définir les chantiers prioritaires, d’identifier les solutions technologiques à mobiliser et d’établir une feuille de route permettant de conduire progressivement le projet jusqu’en 2030. L’objectif est de doter l’administration d’outils numériques capables de rendre le traitement des dossiers plus rapide, de faciliter l’accès à l’information et de limiter les risques liés aux pratiques frauduleuses.

Inscrite dans les orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, cette réforme répond aux difficultés régulièrement associées à la gestion foncière : lenteurs administratives, complexité des démarches, contestations de propriété, fraude documentaire et multiplication des litiges. La digitalisation apparaît ainsi comme un levier de modernisation du service public, mais également comme un instrument de sécurisation des droits des propriétaires et des autres acteurs concernés par les transactions foncières.

L’un des objectifs affichés par le MINDCAF consiste à ramener à moins de 30 jours le délai moyen d’obtention d’un titre foncier. Le ministère ambitionne également d’accroître de 40 % les recettes domaniales sur une période de trois ans. Ces cibles traduisent la double dimension de la réforme : améliorer l’expérience des usagers tout en renforçant les performances financières de l’administration. Leur réalisation dépendra toutefois de la capacité à moderniser les procédures, à fiabiliser les données existantes et à assurer une coordination efficace entre les différents services impliqués dans la chaîne foncière.

Concrètement, la transformation envisagée doit permettre de réduire la dépendance aux documents physiques et aux circuits administratifs traditionnels. La dématérialisation des dossiers pourrait faciliter leur transmission entre les services, améliorer le suivi de leur traitement et réduire les risques de perte ou de manipulation des documents. Elle devrait également permettre aux usagers de disposer progressivement de services accessibles à distance, limitant ainsi les déplacements et les démarches répétitives.

La sécurisation des informations constitue un autre enjeu central. Dans un domaine où les documents de propriété peuvent donner lieu à des contestations et à des procédures judiciaires, la constitution de bases de données fiables et la traçabilité des opérations sont essentielles. Un système numérique correctement conçu pourrait permettre de mieux conserver les archives, de contrôler les modifications apportées aux dossiers et de faciliter la vérification des informations foncières. Ces avancées devront néanmoins s’accompagner de mécanismes rigoureux de protection des données, de contrôle des accès et de prévention des cyberattaques.

Pour organiser cette mutation, les travaux de cadrage ont retenu douze chantiers répartis en quatre grands axes. Le premier porte sur les fondations technologiques et la gestion des données, indispensables au fonctionnement du futur dispositif. Le deuxième concerne la digitalisation des métiers du ministère, avec pour objectif de transformer les méthodes de travail et les circuits de traitement des dossiers. Le troisième vise le développement des services numériques et l’interopérabilité entre les systèmes informatiques. Le quatrième est consacré à la conduite du changement, au pilotage et à la transformation de l’administration.

Une hiérarchisation des interventions doit permettre de distinguer les actions critiques, classées P1, les priorités élevées, identifiées P2, et les opérations à réaliser de manière progressive, regroupées dans la catégorie P3. Cette organisation doit faciliter la mobilisation des ressources et éviter une dispersion des efforts sur des chantiers simultanés qui ne présenteraient pas tous le même degré d’urgence.

L’architecture technique envisagée repose sur une plateforme numérique mutualisée destinée à regrouper plusieurs fonctions essentielles du MINDCAF. Elle devrait notamment intégrer un système de gestion électronique des documents et d’archivage, un système d’information géographique, les outils de gestion cadastrale ainsi que les applications consacrées aux affaires foncières, domaniales et patrimoniales.

À ces composantes s’ajouteront un portail de services en ligne et des interfaces permettant aux différentes applications de communiquer entre elles. L’interopérabilité représente un enjeu majeur, car la performance d’un système foncier numérique dépend aussi de sa capacité à échanger des informations avec les autres dispositifs administratifs concernés. Une meilleure circulation des données pourrait contribuer à réduire les incohérences entre les fichiers et à faciliter les vérifications nécessaires au traitement des dossiers.

Dans ce partenariat, Orange Cameroun S.A. entend apporter son expertise dans plusieurs domaines, notamment la connectivité, les infrastructures cloud, la cybersécurité, la numérisation et le développement de services numériques destinés aux usagers. Son intervention doit contribuer à définir les solutions techniques susceptibles de soutenir la future plateforme. La répartition précise des responsabilités, les exigences de sécurité et les modalités de mise en œuvre devront toutefois être établies dans le cadre des études et des arbitrages prévus.

Le projet devra également tenir compte des initiatives déjà engagées dans le secteur foncier et dans les domaines connexes. Les travaux prévoient une articulation avec plusieurs programmes, notamment E-foncier, le Projet de valorisation et de gestion des ressources foncières et domaniales (PVGFD), le PAMOCCA, l’Agro-Parc de la Plaine centrale et SOFICAM dans la Lékié. Le PVGFD est présenté dans les éléments du projet comme bénéficiant d’un financement de la Banque mondiale à hauteur de 120 milliards de FCFA.

La coordination entre ces différents programmes constitue un enjeu important pour éviter les duplications d’investissements, harmoniser les outils et assurer la cohérence des systèmes développés. La digitalisation de la chaîne foncière ne peut en effet produire tous ses effets si les nouvelles applications fonctionnent de manière isolée ou si les données demeurent dispersées entre plusieurs structures. L’objectif est donc de favoriser une approche intégrée, capable de relier les infrastructures, les informations et les services concernés.

La feuille de route préliminaire couvre la période 2026-2030. L’année 2026 doit être consacrée au cadrage et à la définition des besoins, avant la mise en place des fondations techniques en 2027. Le déploiement des solutions est envisagé en 2028, suivi d’une phase d’extension en 2029 et d’une étape de consolidation en 2030. Ce calendrier reste indicatif et devra être affiné en fonction des études techniques, des ressources disponibles et des décisions prises par les parties prenantes.

La question du financement demeure également déterminante. Plusieurs mécanismes sont envisagés, notamment les ressources du budget public, les financements des bailleurs de fonds, les contrats de type construction-exploitation-transfert (BOT), les partenariats public-privé (PPP) et les services managés. Le choix définitif des modalités de financement dépendra des évaluations nécessaires et des arbitrages institutionnels. Il devra notamment tenir compte des coûts de développement, de maintenance, de sécurisation et de renouvellement des infrastructures numériques.

Au terme de l’atelier, les travaux ont permis de produire une feuille de route indicative d’exécution ainsi que des livrables destinés à encadrer la suite du processus. Ces documents constituent une base de travail pour préciser les priorités, organiser les prochaines étapes et préparer la mise en œuvre opérationnelle du projet.

Pour le MINDCAF, le défi sera désormais de traduire les orientations définies en améliorations concrètes pour les citoyens, les entreprises et les professionnels du secteur foncier. La réduction des délais, la fiabilité des titres, la transparence des procédures et la sécurisation des recettes domaniales seront parmi les principaux indicateurs permettant d’apprécier les résultats de cette réforme.

Au-delà de l’introduction des technologies, la réussite de cette transformation dépendra également de la qualité des données, de la formation des personnels, de l’adaptation des procédures administratives et de l’appropriation des nouveaux outils par les usagers. La digitalisation foncière représente ainsi un chantier à la fois technologique, organisationnel et institutionnel, dont la mise en œuvre progressive pourrait contribuer à rendre l’administration foncière camerounaise plus accessible, plus efficace et davantage sécurisée.

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