Figuil à l’arrêt face au stress énergétique : l’État mobilisé pour sécuriser l’approvisionnement et soutenir l’industrie

L’arrêt temporaire des activités de l’usine CIMENCAM de Figuil remet en lumière la fragilité actuelle du système électrique dans la partie septentrionale du Cameroun. Confronté à une baisse significative de la production hydroélectrique, le gouvernement multiplie les concertations afin de trouver des solutions d’urgence et de moyen terme pour stabiliser l’alimentation énergétique et limiter l’impact sur l’économie industrielle.

C’est dans ce contexte que le Ministre de l’Eau et de l’Énergie a reçu, le 10 juin 2026, une délégation de l’entreprise CIMENCAM , filiale du groupe Lafarge, pour examiner en profondeur les difficultés rencontrées par l’usine de Figuil, contrainte de suspendre ses activités depuis le 4 juin faute d’un approvisionnement électrique suffisant et stable.

Une crise énergétique liée à la contrainte hydrologique

Au cœur des échanges, la situation du Réseau Interconnecté Nord (RIN) a été longuement analysée. Celui-ci dépend largement de la production du barrage de Lagdo, infrastructure stratégique située sur le fleuve Bénoué.

Le barrage hydroélectrique de Lagdo connaît actuellement une baisse préoccupante de son niveau d’eau. En cause, une pluviométrie insuffisante enregistrée ces derniers mois dans le bassin de la Bénoué, qui a entraîné une réduction progressive des réserves hydriques.

Le niveau de la retenue est ainsi descendu à 206,9 mètres, se rapprochant dangereusement du seuil d’alerte fixé à 206,7 mètres. Cette situation limite fortement la capacité de production électrique et déséquilibre l’ensemble du réseau, notamment dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.

Dans ce contexte de tension, la demande en énergie, portée par les ménages, les services publics et les industries, dépasse largement l’offre disponible, obligeant l’opérateur à procéder à des délestages et à des arbitrages difficiles.

Figuil, une industrie directement impactée

L’usine CIMENCAM de Figuil, acteur majeur de la production de ciment dans la région, a été directement affectée par cette situation. Dépendante d’une alimentation électrique continue pour assurer ses processus industriels, l’entreprise a été contrainte de suspendre ses opérations depuis le 4 juin 2026.

Cet arrêt met en évidence la forte sensibilité du tissu industriel local aux variations de la fourniture énergétique, dans un contexte où l’activité manufacturière constitue un levier important de développement économique et d’emplois.

Lors de l’audience, les représentants de CIMENCAM ont exposé les difficultés techniques et économiques engendrées par cette interruption, notamment les pertes de production et les contraintes liées à la remise en marche des installations.

Des mesures d’urgence et des solutions de transition

Face à cette situation, le Ministère de l’Eau et de l’Énergie a présenté plusieurs pistes d’intervention à court terme. Parmi elles figure l’option d’une concertation avec la SOCADEL afin d’étudier la possibilité de mobiliser une puissance électrique complémentaire destinée à soutenir la reprise progressive des activités industrielles à Figuil.

Parallèlement, le gouvernement continue de recourir à la production thermique pour compenser partiellement le déficit hydroélectrique. Bien que cette solution soit coûteuse pour les finances publiques, elle demeure indispensable pour éviter une paralysie totale du réseau dans les zones les plus exposées.

Des projets structurants pour renforcer la sécurité énergétique

Au-delà des mesures conjoncturelles, les autorités rappellent que plusieurs projets structurants sont en cours de déploiement afin de réduire durablement la vulnérabilité du système électrique national.

Parmi ces initiatives figure la mise en service progressive de la phase II des centrales solaires de Maroua et de Guider , destinées à renforcer la diversification du mix énergétique dans le septentrion.

S’y ajoute le projet d’interconnexion entre le Réseau Interconnecté Sud et le Réseau Interconnecté Nord, actuellement réalisé à environ 40 %. Cette infrastructure stratégique vise à mutualiser les capacités de production à l’échelle nationale afin de réduire les disparités régionales et améliorer la résilience globale du système électrique.

Un dialogue maintenu avec le secteur privé

Au terme des échanges, le membre du gouvernement a réaffirmé la volonté des pouvoirs publics de maintenir un dialogue permanent avec les investisseurs et les opérateurs économiques. L’objectif affiché est de construire des réponses concertées face aux chocs énergétiques, tout en préservant la continuité de l’activité industrielle et la stabilité de l’emploi.

Cette audience s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de gestion proactive des crises énergétiques, où la coopération entre l’État et le secteur privé apparaît comme un levier essentiel pour soutenir la croissance et accompagner la transformation industrielle du pays.

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