La lutte contre l’insalubrité urbaine entre dans une nouvelle phase au Cameroun. Plus d’un an après la tenue des États généraux consacrés à la gestion des déchets urbains, le ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU) accélère la concrétisation des engagements arrêtés lors de cette concertation nationale. Infrastructures de collecte, équipements modernes, implication des populations, réformes institutionnelles : l’administration entend bâtir un système plus performant et durable afin de répondre à l’un des défis majeurs de l’urbanisation croissante.
Face à l’augmentation constante de la production des déchets dans les grandes agglomérations, le gouvernement mise désormais sur une approche intégrée reposant sur trois piliers essentiels : le renforcement des capacités opérationnelles, la participation citoyenne et l’amélioration du cadre réglementaire.
Une modernisation progressive des infrastructures de collecte
L’un des principaux axes d’intervention concerne l’organisation de la chaîne de gestion des déchets. À Yaoundé, plusieurs infrastructures destinées à limiter la prolifération des dépôts sauvages ont déjà vu le jour. Plus d’une dizaine de points de regroupement ont été aménagés dans différents arrondissements afin d’offrir aux populations des espaces appropriés pour le dépôt des ordures ménagères.
Cette dynamique devrait s’intensifier au cours des prochaines années. Le Budget d’Investissement Public (BIP) 2026 ainsi que le Projet des Capitales Africaines Durables de Yaoundé (PCADY), soutenu par la Banque africaine de développement (BAD), prévoient la construction de 77 nouveaux points de regroupement. Les premiers travaux ont déjà débuté dans la capitale, tandis que d’autres villes telles que Douala, Mbouda, Kumba et Foumbot devraient prochainement entrer dans la phase d’exécution.
Parallèlement, le MINHDU a engagé la réalisation du Centre de transfert de Simbock, dans l’arrondissement de Yaoundé VI. Cette infrastructure stratégique permettra de rationaliser l’acheminement des déchets vers les sites de traitement, tout en réduisant les coûts logistiques liés à leur transport.
Des équipements pour professionnaliser le secteur
Au-delà des infrastructures fixes, les autorités misent sur la modernisation des moyens d’intervention. Dans cette optique, plusieurs balayeuses mécaniques ont été mises à la disposition des communes d’arrondissement de Yaoundé Ier, Yaoundé Ve, Douala IIIe ainsi qu’à la Communauté urbaine de Douala.
L’objectif est d’améliorer l’entretien des principales artères urbaines et d’introduire progressivement des méthodes plus professionnelles dans les opérations de nettoyage. Quatre nouvelles balayeuses sont actuellement en commande et un programme d’équipement progressif devrait être étendu à d’autres villes du pays.
Le soutien financier constitue également un levier important de cette stratégie. Une enveloppe de 100 millions de francs CFA a été réservée aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux organisations de la société civile engagées dans les activités de pré-collecte, de recyclage ou de valorisation des déchets. Dans le même temps, sept camions-bennes d’une capacité de vingt tonnes ont été attribués aux sept communes d’arrondissement de Yaoundé grâce au financement du projet PCADY.
Cette politique d’appui vise à renforcer l’écosystème local de gestion des déchets tout en favorisant l’émergence d’activités génératrices d’emplois autour de l’économie circulaire.
La valorisation des déchets au cœur des nouvelles orientations
L’action gouvernementale ne se limite plus à la simple collecte des ordures. Les pouvoirs publics encouragent désormais la transformation des déchets en ressources économiques.
Plusieurs initiatives pilotes bénéficient ainsi d’un accompagnement institutionnel, notamment dans le domaine de la fabrication de pavés à partir de déchets plastiques. Des équipements d’hygiène et d’assainissement sont également distribués aux organisations communautaires ainsi qu’aux comités de quartiers et de villages afin de soutenir les actions de proximité.
Dans le même esprit, la station de traitement des boues de vidange de Ngombè, à Douala, est désormais opérationnelle. Réalisée dans le cadre du Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR), cette infrastructure contribue à améliorer la gestion des déchets liquides et à réduire les risques sanitaires liés à leur mauvaise évacuation.
Sensibiliser les populations pour changer durablement les comportements
Les autorités estiment que les investissements matériels ne peuvent produire des résultats durables sans une évolution des comportements citoyens. C’est dans cette perspective que le MINHDU, avec l’appui du Projet Plateforme Urbaine au Cameroun financé par l’Union européenne, multiplie les campagnes de sensibilisation.
Des ateliers de formation consacrés aux bonnes pratiques de gestion des déchets ont notamment été organisés dans plusieurs collectivités. À Yaoundé V, ces activités ont débouché sur une vaste campagne éducative impliquant les établissements scolaires, avec la distribution de supports pédagogiques promouvant le tri sélectif et la valorisation des déchets organiques.
Les guides et livrets éducatifs élaborés dans le cadre de cette coopération sont progressivement diffusés auprès des acteurs locaux. Le lancement du concours « Villes Propres 2026 » s’inscrit également dans cette logique de mobilisation collective visant à encourager les initiatives exemplaires en matière d’hygiène et de salubrité.
Vers un cadre juridique plus structuré
Sur le plan institutionnel, le gouvernement poursuit la consolidation de l’arsenal réglementaire destiné à encadrer le secteur. Les travaux menés dans le cadre du Projet Plateforme Urbaine ont abouti à la validation d’une politique nationale et d’une stratégie nationale dédiées à l’hygiène, à la salubrité et à la gestion des déchets ménagers.
Dans le prolongement de ces réformes, un projet de loi relatif à la propreté des villes a été élaboré en 2026. Ce texte ambitionne de clarifier les responsabilités des différents acteurs, de définir les mécanismes de financement du secteur et de renforcer les sanctions contre les comportements contribuant à la dégradation du cadre urbain.
Les études techniques destinées à préparer les textes d’application sont actuellement en cours, signe de la volonté des pouvoirs publics de doter le pays d’un dispositif juridique plus cohérent et plus efficace.
Un chantier de longue haleine
Malgré les progrès enregistrés, les défis demeurent importants. La présence persistante de dépôts sauvages dans plusieurs quartiers rappelle l’ampleur des efforts encore nécessaires pour parvenir à une gestion optimale des déchets urbains.
Néanmoins, les investissements engagés, la multiplication des infrastructures, le soutien aux collectivités locales et l’implication croissante des populations traduisent une volonté affirmée de transformer durablement le paysage urbain camerounais. Les prochaines échéances, notamment la table ronde des partenaires techniques et financiers annoncée pour septembre 2026 ainsi que la préparation du futur programme national d’infrastructures, seront déterminantes pour assurer le changement d’échelle attendu et généraliser les solutions de gestion moderne des déchets sur l’ensemble du territoire.

Une plume journalistique agréable à lire qui rend compte de la manière la plus fidèle et honnête des évènements quotidiens.















Leave a Reply